Interview pour Lexo Fanzine

 

Auteur de romans lesbien « Comédie Italienne » ou « Fragments d’exil » Caroline Ellen Nous fait honneur pour ce mois de mars, elle répond en toute franchise à nos questions :

 

-Une petite présentation s’impose : Caroline Ellen c'est qui ?

Un électron libre

 

-Comment est née cette passion pour l'écriture et pourquoi?

Elle a commencé avec une passion viscérale pour la lecture. Au siècle dernier, à l’époque où j’étais encore une petite fille sage (genre, jusqu’à 12 ans environ), j’avalais sans modération Alexandre Dumas, Michel Zévaco, Jules Verne, Paul Féval, la Comtesse de Ségur, Enid BlytonŠ etc. A tel point que ma mère croyait que j’allais tomber malade, et mon père a tout de suite compris que j’étais une inadaptée sociale. Pas grave, j’ai continué à dévorer des bouquins.

 

-D’où vient votre inspiration?

C’est pas très original, mais le plus souvent je m’inspire de ce que j’ai vécu. Dans certains romans, c’est presque de l’autobiographie intégrale : «La vie est gay », « Comédie italienne », « Mémoire d’août », « Trois jours avec elle », et puis le prochain, « Sous tes pavés, ma plage ». Pour d’autres, je m¹inspire peut-être des souvenirs d’une vie antérieure (bon, comme j'ai pas toutes les preuves de mes vies antérieures c'est juste une intuition ): « Le dernier chaos » . Mais pour mon préféré, «Fragments d’exil », j’ai tellement lu et relu, dans des dizaines de traductions et interprétations différentes, les fragments des poèmes de Sapphô, qu’à force, j’ai l’impression de l'avoir toujours connue, cette vie hallucinante, savoureuse, exaltante, pleine de bruit et de fureur. Pleine d'amour aussi. Peut-être que dans une vie antérieure (encore, lol), j’ai été une de ses esclaves dévouées. C’est sûrement pour ça que je sais tout sur elle.

 

-A quel genre littéraire estimez-vous appartenir, et pourquoi ?

Si le roman lez devient, (un jour, prochain ou lointain), un genre littéraire, on pourrait dire que c’est le genre de mes romans. Car je n’imagine pas une seconde, écrire une histoire sans un personnage central lez. Vrai, ça n’aurait aucun sens.

 

-Une bonne dose de romantisme dans vos romans, est-ce que Caroline Ellen est une grande romantique?

Si on part du principe que la vie est un roman, je répondrai oui. Caroline Ellen est totale romantique. Surtout pour la Saint-Valentin. Et puis, aussi, à Pâques. Et quelques fois, à la Trinité.

 

-Que trouve-t-on aussi dans vos romans ?

Des filles qui aiment les filles. Dans mon cas, c'est quand même le service minimum. Et puis des aventures qui finissent bien, ou au pire, pas trop mal. Des hétéros gayfriendly, toujours sympathiques. En même temps, je n'ai jamais rencontré de gayfriendly antipathiques. Dans mes romans, il n'y a pas beaucoup d’homophobes, c’est une race qui me déprime, alors j’en fréquente le moins possible. Même dans mes bouquins.

 

-Existe-t-il une version papier ?

ABSOLUMENT. TOUS MES ROMANS EXISTENT EN VERSION PAPIER. ET ILS SONT TOUS EN VENTE DIRECT SUR MON SITE ! Répétez-le à donf autour de vous ! Et n'hésitez pas à grouper vos achats, l'éditeur fait des réductions à partir de 2 exemplaires (ça commence à 10% et ça va jusqu'à 40%, un truc de fous ! Le barème des réductions est disponible sur mon site), impression top qualité, livraison parfaite. Rien à redire ! N'attendez plus pour en profiter ! Et pour savoir ce que vous achetez, rendez-vous sur le site carolinellen : vous trouverez des extraits (conséquents et bien sûr gratuits) de tous mes bouquins.

 

-Seriez-vous malheureuse si vous étiez dans l'impossibilité d'écrire ?

Sûrement. Je ne sais pas ce que je serai capable de faire dans ce cas-là. Tiens, par désespoir, je pourrais même me mettre au yoga... Ou au macramé.

 

-Pourquoi avez-vous créé un site Web et que vous apporte votre site Web ?

Le site, je l’ai créé pour donner un peu de visibilité à mes bouquins (qui restent très confidentiels pour l'instant. Mais, bon statistiquement, c'est tout à fait normal). D’ailleurs, ce pauvre site a eu des débuts difficiles. Je l’ai lancé pendant l’été 2010. Je n’ai informé que des contacts lez sur les réseaux sociaux. Bizarrement, quelques semaines après sa création, il a été signalé comme site dangereux sur le net. Quand on se connectait, on avait un affreux message de mise en garde concernant ce site (genre : « ceci est un site d¹hameçonnage, si vous entrez sur ce site, c’est à vos risques et périls... Genre, si tu cliques, ça va dévaster ta race). Putain, j’ai réalisé que dans le « milieu », devait y avoir des gens qui détestaient vraiment mes bouquins. Bon, j’ai réglé le problème avec Microsoft. Maintenant, vous pouvez y aller en détente, sans vous faire stresser dès le premier clic. Le site est là pour proposer mes romans aux filles qui peuvent avoir envie de les lire. Et aussi pour présenter des gens que j'aime bien dans la sphère underground LGBT (des filles qui écrivent ou qui font de la musique et qui ne fréquentent pas les bonnes personnes pour qu¹on parle d’elles sur les sites LGBT officiels. Elles ont donc peu d’écho dans ces médias) Et puis, surtout, le site me permet de rester en contact direct avec mes lectrices (et lecteurs). Et ça, c’est que du bonheur.

 

-Envisagez-vous d'autres projets ?

A part de nouveaux romans, non, aucun autre projet. Par contre, en ce moment, j’en ai cinq ou six dans la tête, et le dilemme (cornélien), c’est de choisir lequel je vais rédiger en premier.

 

-Avez-vous une devise, une ligne de conduite ou de pensée ?
« Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort », comme disait ce bon vieux Fred. Et j’ai pu vérifier assez souvent que c’est très vrai. Bizarrement, à chaque fois que je suis confrontée à une épreuve de la vie, j’en retire une énergie supplémentaire. A croire que la rage de vivre et d’écrire permet de (presque) tout surmonter. Et de sortir de chaque combat encore plus sereine.


-Une dernière question pour finir, selon vous qu'est-ce qu'un bon livre ?

Un bon livre, c'est un livre qu’on dévore jusqu¹à la dernière page, en prenant à peine le temps de bouffer. Quand on arrive au point final, on se dit, merde, c’est déjà terminé ? Et ça énerve trop parce qu’on a juste envie que ça continue.

Interview pour Isabelle B. Price.

 

Bonjour, est-ce que vous pouvez vous présenter à nos lectrices et nous parler de votre parcours ?

Un parcours très standard depuis l’école maternelle jusqu’à nos jours. Avec la Bretagne en toile de fond. Une celtic attitude que j’aime bien cultiver dans certains de mes romans.

Vous écrivez depuis de nombreuses années. Après avoir été publiée, qu’est-ce qui vous a donné envie de continuer sur votre site Internet ?

Aujourd’hui, tous les gens qui écrivent ont un site. Du coup, moi aussi j’en ai un . Et pas seulement  pour faire comme les autres. Je me suis rendue compte avec bonheur qu’un site ça peut servir aussi à militer, se faire connaître, présenter ses romans, proposer des extraits, échanger avec les lectrices et les lecteurs, etc. Évidemment, j’en ai rajouté, comme tout le monde, avec un profil Facebook, une page fan (j’aime bien l’idée) et, bien sûr, un profil twitter.

 

Pouvez-vous nous parler un peu de la Suite Costarmoricaine ? Comment est née cette trilogie ?

C’est un des symptômes de ma celtic attitude. De temps en temps j’envoie mes personnages en Bretagne. Ça leur fait du bien. Ils prennent l’air du large et des grandes claques d’iode dans la gueule. Sur ces bonnes bases, la suite cotarmoricaine c’est d’abord l’histoire d’un couple atypique, un père et sa fille qui vivent en coloc, à Paris. Edouard est total barré et dépressif. Maëlle, elle, se contente d’être lesbienne. Chacun porte sa croix. Pour achever le tableau, ils sont traqués par les huissiers et ils n’ont pas d’autre solution que de déménager. En désespoir de cause, pour mieux changer de vie, Maëlle organise la fuite en Bretagne. Mélange de fuite en Egypte et de fuite à Varennes. Au début, le roman devait se limiter à un seul volume, Les Brumes de Lantic. Et puis, sans prévenir, il s’est poursuivi par Un café sur le port, mais ça ne s’est pas arrêté là. Les personnages m’ont embarquée dans un troisième tome, Face à la mer. En final, l’histoire s’est donc transformée en trilogie. Du coup, c’est devenu une Suite costarmoricaine.

 

Dans Les Brumes de Lantic, Maëlle, Edouard et leurs amis galèrent. Des boulots pourris, le chômage, la dépression. Pourquoi avoir choisi de montrer ce côté sombre d’habitude bien caché ?

Dans une société où les élites naviguent allègrement en pleine dérive mafieuse (de Cahuzac à Paul Bismuth, on ne sait que choisir), où les CDDs représentent 80% des contrats, où les salariés se suicident sur leurs lieux de travail, où les chômeurs s’immolent par le feu devant les portes du Pôle Emploi, où les grands-mères cultivent du cannabis pour avoir une retraite décente, on ne peut pas se sentir franchement en détente. En tout cas, moi, j’ai un peu de mal. C’est pour exorciser cette atmosphère un peu trash que je l’ai mise en scène dans ce roman.

 

L’expérience de Maëlle avec les sites de rencontres lesbiens n’est pas très réjouissante, non ?

Au contraire, c’est plutôt drôle. Ça donne la possibilité de faire plein de rencontres inédites et improbables. D’ailleurs, il y a des fans qui pratiquent à fond. En même temps, quand t’habites un village de trois cent habitants, si tu veux rencontrer des lez t’as pas trop le choix. Vaut mieux avoir internet.

 

Pourquoi avoir opté pour l’autoédition en ce qui concerne la Suite Costarmoricaine ? Et tous vos autres romans ?

Certains de mes romans ont connu l’expérience de l’édition traditionnelle (La vie est gay, Mémoire d’août, Comédie italienne, Le dernier chaos). Heureusement, ils s’en sont remis et j’ai pu récupérer la propriété de mes droits. L’évolution des techniques d’autoédition me permet de leur garantir une seconde vie et de continuer à les proposer aux lectrices et lecteurs, lgbt ou gayfriendly. En plus je peux les présenter sous différentes versions : format standard, format poche, ebook.

 

Vous êtes une auteure très prolifique. Quand trouvez-vous le temps d’écrire ?

En fait, j’ai juste écrit une dizaine de romans en vingt ans. ça fait une moyenne de deux par an. En fait, c’est pas beaucoup,  juste de l’artisanat local. Comme je n’ai pas trop le choix, je fais comme tout le monde, j’y travaille le soir, le week-end, pendant les vacances. Enfin, à chaque fois que j’ai du temps de cerveau disponible.

La moitié des Brumes de Lantic et Le Dernier Chaos se déroulent en Bretagne. Qu’est-ce qui vous lie à cette région ?

Des légendes gravées dans le granit. Des paysages à couper le souffle. Des ambiances pleines de couleurs et de saveurs. Un mélange d’hortensias et de galettes de blé noir, de dolmens et de vieux gréements, d’apéros sur le port et d’îles mystérieuses là-bas, au loin. Mais pas si loin.

 

Quel a été l’accueil du public envers la Suite Costarmoricaine ? Lequel de vos romans a eu le meilleur retour ?

La Suite Costarmoricaine est particulièrement bien accueillie par mes fidèles lectrices. Et dans la série des meilleurs retours, the winner is : Le dernier chaos,  suivi à quelques encâblures par La vie est gay. Peut-être que la Suite Costarmoricaine prendra bientôt la tête du peloton.

De laquelle de vos œuvres êtes-vous la plus fière ?

Fragments d’exil. Incontestablement. Cette biographie de Sapphô, j’en ai écrit la première version il y a plus de vingt ans, juste après avoir lu la fantastique étude d’Edith Mora.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

D’augmenter mon temps de cerveau disponible pour écrire de nouvelles histoires de filles pour les filles qui aiment les filles.

Interview pour Teklal Nequib

 

Interview de Caroline Ellen

« Fragments d’exil »

 

L’auteur

 

1/ Peux tu te présenter à nous, s’il te plaît ?
Capricorne ascendant bélier.
Comment te définirais-tu ?

Electron libre.


Parle nous un peu des divers ouvrages que tu as publiés, et de ta carrière littéraire.
Il y a quelques années, j’ai publié quatre romans. « La vie est gay », « Mémoire d’août » « Comédie italienne » et «Le dernier chaos ». Trois d’entre eux sont en téléchargement gratuit sur mon site. Comme les deux petits derniers, tous récents : « Trois jours avec elle », et bien sûr « Fragments d’exil ».

2/En quoi ton parcours de vie personnelle/professionnelle et sociale a-t-il influencé ton écriture ? ta réflexion ?

En fait, c’est le contraire. Mon envie d’écrire a déterminé mon parcours professionnel.

 

3/ L’écriture est elle ton seul support d’expression artistique ?
Oui, vraiment. J’ai bien essayé le macramé, mais c’est moins militant. Et puis aussi, j’ai fait des dessins, mais quand je les ai montrés à ma femme, elle s’en est servi pour éplucher ses patates.


Ou en possèdes tu d’autres ? Pourquoi l’ (les) avoir choisi(s) ? Si plusieurs, sont ils tous un moyen d’exprimer la même chose, ou exprimes tu des éléments différents selon le media d’expression ?
Voilà, j’ai répondu juste au-dessus.


Concernant l’écriture, quel type d’écriture [poèmes, romans, nouvelles] et pourquoi ?
Mon préféré, c’est le roman. Mais j’ai bien envie d’essayer les nouvelles… et puis aussi les poèmes. Et puis le théâtre. Et même les essais. Pour l’instant, je me concentre sur le roman.


4/ Pratiques tu la recherche artistique si oui, sur quels thèmes exactement ? Pourquoi les avoir choisis eux ?
Non, je pratique surtout la sieste, le week-end et pendant les vacances. Sieste qui me sert, entre autres divertissements, à lire quelques uns des milliers de livres que je dois lire ou relire. Car il faut relire certains auteurs plusieurs fois pendant une vie.


5/ Quels sont tes domaines de militantisme [autre qu’artistique] ? De quelle manière agis-tu ?
Le problème c’est que j’ai choisi d’écrire. Et ça occupe tout mon temps libre.


Fragments d’exil


7/ Explique nous en quelques mots le synopsis de ton livre.
Sapphô de Lesbos, Le Revival. Ou, si vous préférez : Sapphô de Lesbos, l’histoire vraie de la plus célèbre icône lez de tous les temps.


8/Dans quel genre classerais-tu ton livre ? Pourquoi avoir choisi celui-ci et pas d’autres ?
Biographie… un peu romancée. Mais un tout petit peu. A peine. Juste un doigt. C’est le choix de l’évidence. Ce roman est construit autour des poèmes, enfin de ce qui nous en reste après des siècles
et des siècles de censure acharnée. Dans le roman, les fragments sont intégrés à la narration. Ecrite à la première personne. Je n’avais pas le choix. Tous les poèmes de Sapphô sont écrits à la première personne (sauf les épithalames, bien sûr). Une révolution pour l’époque : savoir dire simplement, voilà, comment moi, Sapphô de Lesbos, j’aime, je souffre, je suis heureuse, je suis malheureuse. Exposer tous ses sentiments en public. Et en faire la référence poétique universelle de son temps.


9/Comment as-tu organisé ton travail pour ce livre ? Peux-tu nous présenter quelques uns de tes protagonistes ?
J’ai essayé d’absorber tout ce que j’ai pu trouver sur le personnage et le contexte historique. C’était important de la situer dans son époque pour refaire en sa compagnie le chemin de sa vie. Mais le véritable fil conducteur c’est son écriture à elle. Ces fragments qui nous restent et où elle évoque ses amours, ses colères, ses déceptions. Dans ce roman on retrouve bien sûr tous ceux qui ont participé à son histoire. Sa mère, ses frères, Pittakos, tyran de Mytilène et tous les autres. Alkaios, son grand ami, son frère en poésie… et peut-être plus, certains soirs de désespoir. Et bien sûr toutes les femmes de sa vie.


10/ Pourquoi avoir choisi ce thème ? Pourquoi maintenant ? Qu’est ce que cela représente pour toi, de traiter ce sujet ?
Sapphô, c’est du lourd. C’est une figure emblématique de l’histoire des lesbiennes. Même si beaucoup ne le savent pas, comme j’ai pu le constater sur les réseaux sociaux et dans mon entourage. En tout cas, les filles posent les bonnes questions et elles sont ravies d’apprendre que Sapphô a vraiment existé. Qu’elle a existé avec passion. Et pour seule passion, les femmes qu’elle aimait. C’est une hérésie, pire un crime culturel, que les lesbiennes d’aujourd’hui soient privées d’une part essentielle de leur histoire. Privées de leur principale référence. Mais je n’ai pas écrit ce roman pour réparer une injustice, aussi colossale soit-elle. Deux mille six ans de censure, on ne peut pas les abolir comme ça. Alors, j’ai écrit son histoire parce que j’en avais envie. Depuis longtemps, à force de lire et de relire les fragments, j’avais besoin de me la raconter, cette Sapphô si proche et si lointaine, à la fois. De la sentir vivre et respirer, de la voir aimer et détester, de l’observer comploter et créer, sous le soleil de Lesbos. Alors, un soir, je me suis lancée. Je l’entendais murmurer à mon oreille. Et j’ai écrit tout ce qu’elle m’a dit. Ni plus. Ni moins.
Qu’a représenté Sappho tant au niveau de la littérature, de la question des femmes, et de celle des lesbiennes ? Quel a été son impact ?
C’était un peu une folle furieuse. Du genre que j’adore. Elle a participé à deux complots contre le pouvoir en place à Lesbos. Elle a été bannie deux fois. Condamnée à l’exil. Proscrite. Une première fois dans l’île, une seconde fois en Sicile. A Mytilène, elle a navigué avec grâce au milieu des intrigues de la cité. Luttes de pouvoir, rivalités sordides, meurtres en cascade. Vu le contexte, elle s’en est plutôt bien sortie. Car il y en avait plus d’un et plus d’une qui ont essayé de la faire disparaître pour toujours.
Elle maîtrisait à la perfection les arts indispensables à la célébration des cérémonies religieuses : la poésie, le chant, la musique, la chorégraphie. En littérature, plus précisément, dans l’art poétique, elle a été révolutionnaire. Le monde entier, enfin, celui de son époque, connaissait ses vers. On dit qu’à Athènes, Solon, son contemporain, souhaitait apprendre un de ses chants avant de mourir. Et pourtant, Solon, ce législateur, qui a quasiment inventé la démocratie, ne passait pas pour un esprit léger. Les hommes et les femmes de son temps ont donné à Sapphô le titre de « Dixième Muse ». Même Platon, en parlant d’elle deux siècles plus tard, fera référence à ce titre de gloire attribuée à la poètesse de Lesbos. En terme de prestige et de reconnaissance, on peut dire que ça correspondrait aujourd’hui au cumul de tous les prix littéraires connus dans notre monde. Par un seul et même auteur. Et encore, on serait loin de la vérité. Impressionnant, non ?
Aujourd’hui, je me constate que la plupart des filles ignorent pourquoi elles s’appellent « lesbos », « lesbiennes », « lez ». Alors il est temps de leur donner les réponses.
J’espère qu’elles les trouveront dans « Fragments d’exil ». Après l’avoir lu, normalement, celles qui ne le savent pas encore, doivent mieux comprendre pourquoi on les traite de lesbiennes, de lesbos, de lez… Et pourquoi c’est quasiment un honneur, même dans la bouche d’un analphabète homophobe. Elles sauront aussi pourquoi un de leurs magazines préférés s’appelle la « Dixième Muse », pourquoi leurs nuits torrides, ou parfois leurs rêves, ont la saveur des amours sapphiques et pourquoi l’histoire de Sapphô est une raison supplémentaire de vivre leur histoire comme elles la sentent le mieux.

11/ Souvent, que ce soit dans les milieux de militantisme ethnique, ou LGBT, on entend que les jeunes manquent de modèles, de références, auxquelles ils puissent se raccrocher, s’identifier. Cela te semble-il pertinent ? Et pourquoi ? Quelles ont été tes figures de construction identitaires ? Pourquoi elles ? Qu’en est-il aujourd’hui, et pourquoi ?
Je n’ai jamais eu dans mon entourage de modèle homo. A la fin des années soixante-dix (à savoir au siècle dernier), je me suis réfugiée dans les bouquins. A quinze ans, j’éprouvais beaucoup de sympathie pour Proust, Gide, Cocteau et surtout, Violette Leduc. Voilà, c’est un peu (enfin beaucoup) grâce à leurs bouquins que je m’en suis sortie. On se construit comme on peut. A mon avis, aujourd’hui ces bouquins sont toujours d’excellentes références. Mais, maintenant, il y en a plein d’autres en plus. A commencer par quelques séries télé et des web séries plutôt sympas.


12/ Malgré l’évolution de la société et de l’imprégnation des questions LGBT, au sein de notre société, et du dialogue pas toujours évident conséquent, les difficultés pour les lesbiennes sont encore très grandes, puisque femmes et LGBT, elles subissent une double discrimination, voire plus si elles sont non-blanches. Quelle est la situation actuelle des lesbiennes ? Comment l’améliorer ?
Le seul moyen d’améliorer la situation, c’est de continuer à militer, chacune avec ses moyens, chacune avec ses idées. Mais militer toujours. Même si le processus est lent, les choses évoluent. Et cette évolution me paraît irréversible.


13/ La sexualité lesbienne vit encore sous le coup de clichés tenace, faisant qu’au mieux elle est réduite à des regards ou une pruderie totale, voire est considérée comme totalement inexistante. Comment lutter contre ces clichés ? Comment les remettre en cause ? Comment oeuvrer à l’avènement d’un érotisme lesbien modernisé et décomplexé ?
Je crois qu’elle s’est plutôt bien libérée depuis une vingtaine d’années, la sexualité lez. Il y en a pour tous les goûts. L’érotisme lesbien me semble de plus en plus actif et il se diffuse avec bonheur. C’est là qu’internet joue son rôle pour toutes celles qui n’ont pas la « chance » de vivre dans les grands centres urbains où, dans l’ensemble, certaines choses sont plus faciles et plus accessibles.


14/ Tu t’es engagée sur la voie de la mise à disposition de tes romans gratuitement sur ton site, pourquoi ce choix ? Peux-tu nous expliquer le sens de ta démarche originale, étant donné que la plupart des auteurs choisissent la vente (à compte d’auteur ou à compte d’éditeur) ?
Je pense que c’est important pour les lesbiennes, jeunes ou moins jeunes, d’avoir accès à des bouquins qui leur parlent d’elles. De filles qui vivent comme elles. Mais ça peut aussi être des séries télé, ( merci, The Lword) des chansons bien envoyées (merci, Monis) ou des humoristes de talent (merci, Océane Rose Marie). Plus la lez attitude sera visible, diffusée, sur tous les modes et sur tous les tons, mieux on se portera.
Côté bouquins, on ne peut pas tout acheter, alors le prix est un frein à la diffusion. Pour faire simple, j’ai choisi la diffusion gratuite. Ça permet aux filles qui n’ont pas trop les moyens d’acheter des romans lez, d’en lire autant qu’elles en ont envie. Maintenant, à la demande générale, pour celles qui veulent lire mes romans en version édition, c’est possible grâce à TheBookEdition. Suffit de commander sur internet pour les recevoir. C’est parfait.

Caroline Ellen, des romans LEZ pour TOUTES les filles

Versions kindle sur amazon.fr

Versions ebook et print sur lulu.com